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Psychologie

Apprivoiser l'inconnu — De la faille à l'ancrage

Et si notre peur du changement n'était que le reflet d'une insécurité plus profonde ? Dans ce second article, nous explorons comment l'inconnu réactive nos blessures passées et pourquoi nous mettons en place des mécanismes de contrôle ou de fuite. Découvrez 3 clés concrètes pour transformer l'angoisse en ancrage et faire de la nouveauté un espace de liberté, plutôt qu'un danger.

AdminPsychologue8 min de lecture
Apprivoiser l'inconnu — De la faille à l'ancrage

Précédemment, nous avons exploré comment la peur de l'inconnu peut devenir un miroir de nos insécurités intérieures. En effet, lorsque la peur de la nouveauté paralyse, elle devient un signal : celui d'une structure interne qui demande à être consolidée. Aujourd'hui, penchons-nous sur ces failles par lesquelles cette peur intense s'immisce dans notre poitrine et hante notre esprit et, surtout, sur les leviers concrets pour transformer ce mur vertigineux en un sentier praticable.

Comprendre les failles : pourquoi le sol se dérobe-t-il ?

La peur de l’inconnu devient dévorante quand nous sommes touchées dans nos fondations par deux failles :

  1. Le traumatique : il nous donne le sentiment d’une dépossession d’une partie de soi-même. L’inconnu vient alors réactiver, dans notre mémoire psychique et corporelle, une nouvelle dépossession insupportable, violente, intrusive et angoissante.

  2. L’insécurité profonde, intérieure : (que le traumatisme peut aussi entraîner lorsqu’il n’est pas soigné). Si nous n’avons pas appris, par le passé, que nous étions notre propre « maison sûre », le moindre changement extérieur est perçu comme une menace d'effondrement total. L’inconnu vient dévoiler cette insécurité et, parce qu'elle est là, nous n’arrivons pas à nous rassurer ni à rationaliser.

Alors, pour nous rassurer face à cette peur, des mécanismes, que je nomme ici de protection se mettent en place. « De protection » car ils nous donnent le sentiment que leur utilisation peut nous préserver du danger. Or, comme ils répondent à une peur dévorante, ces mécanismes vont devenir eux-mêmes dévorants, représentant alors les embranchements de l’arbre de l’insécurité. Ils deviennent les symptômes visibles d’une peur plus profonde et parfois cachée.

Les symptômes de l’insécurité profonde

Ces symptômes nous sont très utiles dans notre travail pour révéler une insécurité qui nous est parfois invisible ou normalisée :

  • La tyrannie du perfectionnisme : L'inconnu implique l'erreur possible. Quand le tâtonnement n’est pas envisageable et que les exigences deviennent écrasantes, la nouveauté devient un tribunal où l'on risque d'être jugée incapable. Redoubler d’efforts, encore et toujours afin de combler une impression de manquement, de ne pas être assez, nous donne l’impression de contrôler, de retrouver de l’ordre dans ces cordes et mousquetons si nous reprenons l’image du premier article. Or c’est également ce perfectionnisme qui deviendra le tyran dans le royaume du quotidien, insatiable et régentant nos moindres mouvements, nos moindres pensées ; l’hyperadaptation à notre environnement est reine pour nous protéger de l’imprévu.

  • Le pouvoir du contrôle : Il est un **besoin nécessaire **qui se nomme le contrôle, celui-ci doit cependant cohabiter pour notre bien avec le lâcher prise. Quand celui-ci devient impossible, cela signifie que le contrôle est devenu omniprésent pour apaiser la peur de ce qui nous échappe. Alors pour prévenir ce qui échappe à notre savoir et donc à notre maitrise : j’ai nommé l’inconnu, on redouble de contrôle quitte à parfois déployer des troubles obsessionnels compulsifs ou autres et cela nous donne la sensation de pouvoir - qui peut parfois aller jusqu’à la superstition. Nous balisons notre territoire pour nous protéger de l’étrangeté de l’inconnu.

  • Le vide de l'anticipation : L’humain a besoin de comprendre. Face à une page blanche, quand l’insécurité intérieure rôde, l'esprit dessine des monstres, des scénarios catastrophes pour combler l'absence d’informations. On a pu l’apercevoir avec l’image du premier article, lorsque la grimpeuse est consciente d’elle et donc confiante, son esprit ne s’emballe plus, elle lâche prise. Or, lorsque nous sommes en lutte avec nous-mêmes et nos doutes, le besoin de scénariser la suite apparaît comme une évidence pour soulager la peur de l’inconnu ; l’hyperintellectualisation devient un automatisme.

  • Le repos de la fuite : C’est un mécanisme très utile dans la peur, la fuite vient alors nous protéger d’un danger qui risquerait notre vie. Nous nous trouvons face à une bête féroce, fuir est une brillante idée. Or, quand elle devient constante face à la nouveauté, elle devient à son tour un signal d’une insécurité qui vient bloquer la réassurance de la peur de l’inconnu. La fuite se loge dans le fait de scroller, de dormir, de refuser de sortir, de procrastiner ou, au contraire,** d'être toujours en action pour ne pas réfléchir**. En fait, la fuite se love dans un ailleurs qui nous emmène loin de cette insécurité intérieure angoissante. Elle nous repose alors d’une frénésie mentale, d’une expression corporelle intense et toutes deux fatigantes, générées par la peur de l’inconnu.

3 clés instantanées

Pour que la peur reprenne sa juste place — celle d'une alliée vigilante et non d'une geôlière — voici 3 clés à utiliser dès maintenant :

1.** Transformer le « Et si ça se passe mal ? » en « Et si je savais gérer ? »** : L'objectif n'est pas de prédire l'avenir, mais de recenser vos ressources. Listez trois situations passées où vous avez survécu à un imprévu. Qu'avez-vous utilisé ? Votre patience ? Votre humour ? Votre capacité à demander de l'aide ? L'ancrage ne se fait pas sur l'événement, mais sur votre capacité à y répondre.

2. Découper l'inconnu en « zones de connu » : Le mur d'escalade est trop haut ? Regardez uniquement la première prise. Dans chaque situation nouvelle, il existe des micro-certitudes : le lieu, les personnes autour, un objet familier que vous portez. En ramenant votre attention sur ces détails concrets, vous vous ancrez dans l’instant présent, ce qui viendra vous apaiser et vous soulager.

3. Pratiquer l'auto-compassion dans l'inconfort : Accepter que « c'est normal d'avoir peur » est le premier pas vers le lâcher-prise. Parlez-vous comme vous parleriez à une amie sur ce mur d'escalade : « C'est nouveau, c'est impressionnant, et c'est courageux d'être ici ».

Ces clés visent à retrouver du connu là où l’inconnu angoisse. Nous y trouvons les balises concrètes en soi qui fut le premier point, le deuxième point est la balise extérieure sur laquelle nous pouvons nous y accrocher, la troisième se situe au sein de nos propres émotions : « je comprends ce qui m’arrive, tout va bien ma chérie ». Cela agit comme un médicament : elles apaisent sur le moment, étayent votre répertoire de souvenirs positifs et redonnent de la confiance en soi. Ce soin précieux pourra se combiner à un soin profond pour réparer les blessures originelles. Cela permettra de pérenniser une gestion juste de la peur de l’inconnu.


5 axes de travail profonds et pérennes

Cette insécurité peut provenir de plusieurs blessures dont il est nécessaire de prendre soin ; la verbalisation et la connaissance de celles-ci sont un premier point nécessaire à la conscience et donc à la confiance, outils nécessaires à la réassurance intérieure :

1. Une sur-responsabilité dans notre construction psychique : le soutien mental, émotionnel de ses parents et/ou frères et soeurs dans l’enfance, un rôle de médiateur, tampon, béquille ; ceci aura un impact sur notre place et donc notre connaissance de soi, laissant une grande place à l’approbation de l’autre, à la réussite et au contrôle.

2. Une sur-responsabilité contextuelle et momentanée : une charge importante peut transformer la vision que nous avons de nous-mêmes, insécurisant et nous donnant le sentiment de ne pas être, peut-être, capable, ce qui engendre dès lors la peur de l’inconnu

3. Un environnement anxieux dans l’enfance : des adultes qui, par leur propre vécu, peuvent parfois et honorablement avoir peur pour les enfants qu’ils ont à charge, ce qui peut colorer notre réflexion qui devient anxieuse du futur et de l’inconnu, dangereux ; puis cet environnement peut nous donner une impression d’être fragile, vulnérable car besoin de l’adulte pour se protéger ou prendre des décisions.

4. Un ou des parents toxiques : certains parents peuvent dénigrer l’enfant, l’adolescent ce qui vient provoquer un discours interne dur, déséquilibrant et une méfiance vis à vis de son environnement car vecteur de danger, d’intrusion, de méchanceté.

5. La gestion de la peur : es parents taiseux, peu présents physiquement ou émotionnellement peuvent avoir un impact sur nos propres émotions.

L'analyse du passé sert à comprendre pourquoi nous avons peur de l’avenir. L’inconnu vient en effet bousculer ce qui nous protégeait et nous fait être le témoin, non-consenti, de ce qui nous fait peur. Mais c’est également ce qui nous permettra de retrouver un juste milieu en nous connaissant mieux et de réguler naturellement nos mécanismes de protection : a-t-on toujours besoin de ceux-ci et pourquoi ? Et si non, que pouvons-nous mettre en place aujourd’hui nous ressemblant davantage et ne nous coutant pas autant d’énergie ?

Vers une rencontre avec soi-même

La peur intense de l'inconnu commence par la peur de ne pas être à la hauteur de ce que cet inconnu va exiger de nous. L’insécurité intérieure n'est pas un défaut de caractère : elle peut devenir le moteur qui** nous oblige à chercher une sécurité plus haute**, à accepter et aimer ce qui nous fait vivre : notre vulnérabilité pour enfin faire cohabiter lâcher prise et besoin de contrôle.

Travailler sur sa peur de l'inconnu, c'est finalement s'offrir le plus beau des cadeaux : la liberté. La liberté de ne plus attendre que l'environnement soit parfait pour oser avancer. L’inconnu n’est plus alors ce gouffre qui nous vide, mais un espace de déploiement où chaque pas, même hésitant, vient renforcer le lien précieux que nous entretenons avec nous-mêmes.

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