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Psychologie

La peur de l'inconnu : quand l'ombre du contrôle nous paralyse

L'inconnu nous agite, nous paralyse parfois. Entre besoin de contrôle et insécurité profonde, pourquoi la nouveauté réveille-t-elle nos peurs les plus ancrées ? À travers l'image d'une ascension en montagne, explorons comment la connaissance de soi devient le repère indispensable pour transformer l'angoisse en élan et retrouver le chemin du lâcher-prise

AdminPsychologue6 min de lecture
La peur de l'inconnu : quand l'ombre du contrôle nous paralyse

Voici venu le premier article de ce blog, avec lui la question de son contenu se pose alors : quoi écrire, à quoi cela va ressembler… Oui, ce qui est nouveau entraîne beaucoup de questionnements, légitimement : l’homme a besoin de comprendre, de reposer sur des événements concrets pour s’apaiser. Alors le nouveau nous agite, nous réveille parfois. Et puis finalement ce fut l’évidence. Effectivement à de multiples reprises dans mon expérience professionnelle, l’inconnu peut faire peur, même très peur. Il paralyse, angoisse, tend, entraînant même parfois un bouillonnement mental jusqu’à le vider. Et si, alors, cela ne serait pas le contenu de notre premier article ? Pourquoi la peur de l’inconnu ? Comment la définir pour mieux l’attraper et quelles clés pouvons-nous utiliser pour la diminuer afin qu’elle soit juste ce qu’il faut, pour vous ?

Comment définir cette notion ?

L’inconnu c’est ce qui ne se nomme pas, ce qui échappe au savoir et donc à la maîtrise, c’est ce dont nous n’avons pas connaissance. La peur quant à elle, est une émotion extrêmement belle et précieuse car elle nous protège, nous prépare à affronter un danger. Or lorsque cette émotion est débordante, dans le ressenti, mais également dans la fréquence de celle-ci, le danger se révèle donc possiblement omniprésent et nous pousse à nous en protéger, honorablement. Alors cela vient nous indiquer une faille : celle de l’insécurité et la difficulté de se rassurer.

Ici, la peur intense et l’inconnu qui y est lié peut donc se diviser ainsi : lorsque nous sommes en insécurité, avec soi, avec notre environnement, la perte de maîtrise est comme une ombre qui plane au-dessus de nous, une impression de danger nous enveloppe, survole notre quotidien, avec l’émotion logique qui y est liée : la peur. Alors la moindre chose nouvelle est un risque supplémentaire de perte de maîtrise, la peur de l’inconnu arrive. En effet, si j’ai un fort besoin de contrôle qui me rassure car comble mon impression de manquement, puis que mon environnement change ou menace de changer, comment garder le cap ? Alors je reste sur le qui-vive, j’observe et j’anticipe.

La peur de l’inconnu extérieur ne doit pas venir me faire connaître la peur de l’inconnu intérieur, terriblement angoissant. Celle-ci n’arrive d’ailleurs que rarement seule, elle s’accompagne de la peur du jugement, la peur de ne plus contrôler, la peur de se décevoir ou décevoir l’autre, la peur de l’erreur etc… La peur de l’inconnu vulnérabilise en venant être le terreau de plusieurs autres peurs qui viennent y prendre racines. Elle nous rend méfiante et nous éloigne petit à petit de l’accès au lâcher-prise.

Quelle image pourrait concrétiser ceci ?

C’est un peu comme si, prenons cette image, nous nous retrouvons pour la première fois à une sortie escalade, encadrée, sécurisée. C’est de l’inconnu certes, mais il n’y a aucun risque pour son intégrité ou sa vie.

D’un côté, il y a une personne qui n’a que peu confiance en ses compétences de grimpeuse, en son agilité, et le mur qui lui face semble menaçant, s’effrite ou paraît glissant, elle regarde le moindre détail et le moindre détail semble corroborer à la même conclusion : danger. Et son matériel ? Et bien elle a l’impression de ne pas le maîtriser, de ne pas le connaître. Toutes ces cordes, ces mousquetons, tout s’emmêlent et se brouillent, qui est quoi et à quoi sert déjà tout cela ? L’encadrant qui l’accompagne lui semble louche, bizarre, elle scrute sa posture, ses mots et tout cela traduit un manque de fiabilité criant. Forcément qu’à ce moment-ci la peur fait rage, le danger est presque certain et la paralysie s’infiltre.

Le mur en face semble infranchissable, elle se culpabilise de ne pas réussir, se sent bloquée avec elle-même, son corps se tend, son ventre se noue, ses muscles se tendent, se crispent, et peuvent devenir douloureux. Elle se demande ce que les autres pourraient bien penser d’elle, car c’est elle qui a voulu faire cette activité, elle se dit que cela ne fait vraiment pas sérieux si elle fait demi-tour maintenant, elle a peur de lui faire perdre son temps et regrette d’y avoir été. Elle retarde le moment d’y aller, cherche des portes de sortie et ses pensées s’emballent déjà dans la rédaction des pires scénarios possibles. Ses pensées se durcissent à son égard, le sentiment d’être nulle ou bête arrive, son avenir peut même s’obscurcir, perdant espoir : je n’y arriverais jamais, je ne me suis pas assez investie, je suis fainéante ou lente. La confiance se ternit, la méfiance devenant personnelle, la comparaison à l’autre, dénigrante, s’agrandit. La peur intense de l’inconnu trône, son royaume est son insécurité profonde.

Observons maintenant l’autre personne qui l’accompagne, bien que ce soit sa première sortie également, elle connaît ses capacités, ses limites aussi, elle regarde le mur à franchir, et bien que cela peut lui faire peur elle se fait confiance, si jamais ça ne va pas, elle n’est pas coincée, elle sait qu’elle peut redescendre. Et puis son matériel ? Et bien elle arrive à se concentrer, telle corde doit être utilisée ainsi, elle observe et ancrée sur le moment présent, regarde comment fait l’encadrant et arrive à s’apaiser, à se rassurer. Et puis, elle a déjà eu à faire à de la nouveauté et elle arrive à être certaine de sa capacité à gérer, à remballer certains doutes qui peuvent jaillir à ce moment précis. L’encadrant qui les accompagne devient un appui, un moyen pour elle de ne pas trop tout anticiper, elle peut se faire confiance et faire confiance en celui qui l’accompagne ; ses repères, ses balises sont concrets.

Et cette connaissance précieuse de soi lui permet d’avoir de l’espoir, de ne pas être victime du découragement mais de s’appuyer sur des expériences positives passées pour savoir qu’elle peut lâcher-prise, le destin est bien fait, elle le sait et le sent. L’élan survient et c’est bon elle se lance, les différents murs, impasses qui jalonneront sa vie lui feront certes un peu peur, assez pour se méfier d’un possible danger, assez pour se protéger, mais jamais trop pour la bloquer, pour la blesser. Elle se sent vivante, soutenue, et en particulier par elle-même, le partenariat qu’on remarque la fait grandir et sourire. Et si cette personne ne serait pas l’avenir de la première ? Consciente et donc certaine de ses capacités, de ses limites, de ses faiblesses, repère indéniable et fiable pour affronter l’inconnu, étape obligatoire de notre vie, vibrante et humble, qui nous rappelle à nous-mêmes.

La peur de l’inconnu est donc logique, légitime, mais dans un juste milieu. Dès lors que les doutes font rage, que cela paralyse et nous handicape dans notre vie, alors celle-ci n’est plus juste mais le témoignage d’une faille sur laquelle il est nécessaire de travailler. La semaine prochaine nous reviendrons à ce sujet dans le prochain article : quelles sont ces failles puis quel peut être l’axe de travail pour diminuer la peur de l’inconnu.

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