Un regard sur la peur de l’inconnu
Dans ce tout premier article de blog, nous déconstruisons la peur de l'inconnu. Loin d'être un dysfonctionnement ou un problème de personnalité, la peur est une alarme précieuse qui cherche à protéger quelque chose d'important en vous. Découvrez l'histoire de Pauline et Léa, et apprenez à tendre l'oreille vers ce que votre alarme cherche réellement à vous dire ✨

Voici venu le premier article de ce blog, avec lui la question de son contenu se pose alors : quoi écrire, à quoi cela va-t-il ressembler ?
Oui, ce qui est inconnu entraîne beaucoup de questionnements, légitimement : l’homme a besoin de comprendre, de s’appuyer sur des repères connus et des expériences passées pour s’apaiser. Alors l’inconnu agite, réveille, bouscule souvent.
Et puis finalement, ce fut l’évidence : et si c'était précisément cela, le sujet de notre tout premier article ? Pourquoi l’inconnu déclenche-t-il parfois cette alarme de la peur ?
Ensemble, nous commencerons par définir ce qu’est la peur de l’inconnu, et surtout cerner quand celle-ci devient trop. Puis, nous tendrons l’oreille : comment cette peur se fait entendre. Pour cela nous partirons d’une image concrète.
De cette image, nos analyses éclaireront un axe de travail pour agir concrètement et significativement sur cette peur afin de l’apaiser : le prochain article sera entièrement dédié à ce sujet.
Définir la peur de l’inconnu et ses contours
D’abord donc : la peur. C’est une émotion extrêmement belle et précieuse, qui agit comme une alarme de sécurité. La peur sonne lorsqu’un danger est en approche afin que nous puissions nous en protéger. C’est donc une alarme qui agit sur un danger présent et concret, comme les systèmes d’alarme de maison finalement.
La peur est donc intimement liée à la notion de maîtrise : elle vient non pas nous la faire perdre mais la préserver en nous préparant à agir.
L’inconnu, lui, c’est ce qui ne se nomme pas, ce qui échappe au savoir et donc à la maîtrise ; c’est ce dont nous n’avons pas connaissance.
Décortiquer ainsi la peur de l’inconnu pour en éclairer le sens nous permet de percevoir que la peur de l’inconnu est légitime, et reste d’ailleurs la plus fréquente des réactions humaines.
Ah oui ? Eh bien, l’alarme de la peur s’active quand elle perçoit un danger, lorsqu’il faut agir, maintenant et tout de suite. Alors quand l’inconnu pointe le bout de son nez, l’alarme de la peur s’allume pour contrebalancer cette perte de maîtrise viscérale face à l’inconnu.
Mais qui dit « la plus fréquente » signifie que d’autres réactions face à l’inconnu sont possibles. D’ailleurs, vous les avez vous-mêmes déjà vécues, j’en suis sûre.
Souvenez-vous quand, après une balade en voiture ou à pied, vous tombez d’un coup sur un paysage à couper le souffle dont vous ne soupçonniez pas l’existence ; quand vous découvrez le présent qu’on vous a offert par surprise ; quand cette amie qui est si drôle réagit de manière improbable et vous fait éclater de rire ; quand on vous propose de partir en vacances dans un lieu inconnu mais qui attise votre curiosité et enflamme votre joie…
Oui, tous ces événements inconnus ont su attiser chez vous un état d’alerte, certes, mais bien loin de la peur ! Ces situations ont davantage déclenché de la curiosité, de la joie, de l’étonnement et l’envie d’explorer.
Mais alors, si la peur de l’inconnu reste la plus fréquente et qu’elle est légitime, l’article se termine ici ?
Vous vous souvenez, la peur est une alarme pour nous préparer à agir face à un danger présent et concret. Arrêtons-nous à ce premier indicateur.
En effet, dès lors que la peur sonne face à des dangers abstraits - que l’on peine parfois à nommer et qui prennent sans cesse source dans des doutes, dans des « et si » - cela signifie que nous devons entendre ce que cette alarme signale afin de la réguler. Cela vient indiquer en effet que la peur sonne trop, trop fort, trop souvent.
Le second indicateur à entendre dans cette définition est l’accès à l’action, lorsque l’alarme a besoin d’être régulée c’est quand le bruit est trop assourdissant et l’impact sur le moral trop fort : on se protège, on verrouille les portes, on reste chez soi, en sécurité. La peur ne nous pousse plus à agir mais vient nous paralyser.
Si vous vous reconnaissez, retenez ceci : ce n’est pas vous qui avez un problème, ce n’est pas vous qui ne savez pas gérer vos émotions, et cela ne fait pas partie de votre personnalité d’avoir peur. Non, cette alarme signale quelque chose de fort, d’important. Prenons alors le temps de l’entendre.
Entendre la peur de l’inconnu
Pour mieux comprendre, prenons une image pleine de sens : une sortie d'escalade en montagne. Une sortie parfaitement encadrée et sécurisée. C’est de l’inconnu, certes, mais il n’y a aucun risque vital : donc aucune menace concrète qui justifierait, sur le papier, une alarme d’urgence.
Nous suivrons deux personnes, Pauline et Léa.
Le parcours de Pauline
Pour Pauline, la peur a sonné bien avant cette sortie. Les heures, les jours, les semaines qui ont précédé, elle y pensait déjà. Comment ça va se passer ? A-t-elle fait le bon choix d’y aller ? Comment Léa va-t-elle le prendre, quelle image aura-t-elle d'elle, et voudra-t-elle toujours lui parler après ça ?
Elle y pense, et repense. Son corps aussi semble y penser, le ventre fait mal, le sommeil change. Les scénarios tournent dans la tête. Au travail, elle y pense bien sûr, mais elle essaie de ne pas trop le montrer, elle tâche de ne pas trop déborder, de contenir. Dans sa vie perso ? Pauline en parle, elle a l’impression de boucler, de déranger, mais c’est plus fort qu’elle.
Et puis finalement, ce jour arrive. Pauline n’a que peu confiance en ses compétences de grimpeuse, en son agilité, et la paroi qui lui fait face semble menaçante, s’effrite ou paraît glissante. Elle regarde le moindre détail et le moindre détail semble corroborer la même conclusion : danger.
Et son matériel ? Et bien, elle a l’impression de ne pas le maîtriser, de ne pas le connaître. Toutes ces cordes, ces mousquetons, tout s’emmêle et se brouille, qui est quoi et à quoi sert déjà tout cela ?
L’encadrante qui l’accompagne lui semble louche, hésitante, elle scrute sa posture, ses mots et tout cela traduit un manque de fiabilité criant. En regardant Léa, Pauline se compare et se sent moins bien, elle voit en Léa une assurance, une aisance dont elle a l’impression de manquer.
Forcément, à ce moment-ci la peur fait rage, le danger est presque certain et la paralysie s’infiltre, le sentiment d’être bloquée est intense.
Et la montagne ? Elle semble infranchissable. Alors Pauline se culpabilise de ne pas réussir, se sent bloquée avec elle-même, son corps se tend, son ventre se noue, ses muscles se crispent, et peuvent devenir douloureux. Elle se demande ce que les autres pourraient bien penser d’elle, elle pourrait paraitre faible, fragile, et puis cela ne fera vraiment pas sérieux si elle fait demi-tour maintenant. Elle a peur de faire perdre du temps à ceux qui l’accompagnent et regrette d’y avoir été.
Pauline retarde le moment de grimper, cherche des portes de sortie et ses pensées s’emballent déjà dans la rédaction des pires scénarios possibles. Ses pensées se durcissent à son égard, le sentiment d’être nulle ou bête arrive, parfois même son avenir peut s’obscurcir à ce moment-ci, perdant espoir :
« je n’y arriverai jamais, je ne me suis pas assez investie, je suis un poids. Je suis nulle ». Ça se répète.
Le parcours de Léa
Pour Léa, la peur n’a commencé que le jour même, au moment exact où la montagne s'est dressée devant elle.
Elle se rassure en se remémorant ses capacités, ses limites aussi. Elle regarde la paroi : cela l’impressionne, bien sûr, mais elle se fait confiance. Si jamais ça ne va pas, elle n’est pas coincée, elle sait qu’elle peut redescendre.
Et puis son matériel ? Elle arrive à se concentrer, telle corde doit être utilisée ainsi, elle observe et, ancrée dans le moment présent, regarde comment fait l’encadrante et arrive à s’apaiser, à se rassurer pas à pas.
Et puis, elle a déjà eu affaire à de l’inconnu, elle arrive à se rappeler que cela s’est toujours bien passé. Elle arrive à être certaine de sa capacité à gérer, à remballer certains doutes qui peuvent jaillir à ce moment précis. L’encadrante qui les accompagne devient un appui, un moyen pour elle de ne pas tout anticiper, elle peut se faire confiance et faire confiance à celle qui l’accompagne ; ses repères, ses balises sont concrets.
Bien sûr, Léa n’est pas 100 % détendue. Son souffle s’accélère, son cœur bat plus vite, le ventre se noue même un peu, mais l’élan survient et c’est bon, elle se lance.
Les différents murs, impasses qui jalonneront son parcours lui feront certes un peu peur, assez pour se méfier d’un possible danger, assez pour se protéger afin de rester maître d’elle-même, mais jamais trop pour la bloquer, pour la blesser ou la paralyser de peur.
Deux peurs, deux régulations
Après cette sortie d'escalade, nous avons pu capturer la différence fondamentale entre deux façons d’éprouver la peur : celle qui permet de se réguler, et celle qui demande à être régulée.
En effet, la peur de Léa l’avertit de ce qui se passe sur le terrain, ici et maintenant. Pour reprendre l’image de l’alarme, sa peur lui permet de consulter les caméras de surveillance pour vérifier si le signal est un réel danger ou une fausse alarme. Cette peur lui permet de se réguler, d’avancer en conscience et d’accéder à l’élan.
La peur de Pauline, quant à elle, se fait entendre trop fort et trop précocement, le danger semble partout. Dans ces cas-là, la théorie utiliserait volontiers le terme d’anxiété : cette émotion caractérisée par l’anticipation et les projections abstraites.
Or, pourquoi faisons-nous ici le choix de maintenir le terme de peur de l’inconnu ?
Car Pauline nous a permis, par sa précieuse logique, de cerner l’existence d’un danger bel et bien présent, concret et immédiatement menaçant, qu'elle nomme brillamment, et sans même s'en rendre compte.
Mais alors, quel est ce danger réel que Pauline cherche désespérément à éviter ? Cela sera le sujet de notre prochain article : comment attraper la peur de l’inconnu ?
Pour aller plus loin > Avant de se retrouver pour la suite, n’hésitez pas à faire une pause. Prenez le temps qu'il vous faut pour réfléchir, pour écrire.
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Que déclenchent en vous les mots de Pauline ?
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Avez-vous déjà ressenti certaines de ces sensations, eu certaines de ces pensées ?
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En relisant votre propre histoire à travers celle de Pauline, percevez-vous d’où cette peur de l’inconnu pourrait prendre racines ?
Comment ce texte résonne pour vous ?
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